lundi 17 août 2015

Il y a 10 ans, le cancer est entré dans ma vie


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Je m'en souviens comme si c'était hier...

J'avais 21 ans, mon petit-ami de l'époque venait de rompre avec moi alors que nous étions ensemble depuis 2 ans et 9 mois. Alors que je pensais qu'il était l'homme de ma vie et que je ne me remettais pas de notre séparation. J'étais vraiment au plus bas...
Avec les parents, quelques frères et soeurs, on est parti en Picardie chez une tante et le premier souvenir que j'ai du début de la maladie s'est déroulée la-bas. J'avais une boule à l'aine, un demi-oeuf bien dur qui me faisait un mal de chien. J'ai eu mal quand on a été visité la cité souterraine de Naours en famille, il m'était tellement difficile de trainer cette jambe. Alors je m'enfilais des Dafalgan comme mes enfants pourraient s'enfiler des Smarties aujourd'hui.

En rentrant, on m'a appelé pour travailler dans une maison de retraite en tant qu'aide-soignante, ce que j'ai fait malgré la douleur. Jusqu'au matin où j'ai dit stop, j'avais trop mal, je ne me voyais pas encore enchaîner une journée entière à travailler avec la douleur à supporter en sourdine.
Et comme la boule à l'aine ne disparaissait pas, j'ai fini par aller consulter mon médecin traitant. Elle m'a dit que c'était certainement la toxoplasmose mais qu'on allait quand même faire des examens plus poussés et cela rapidement. J'aurai dû me douter que quelque chose clochait quand elle m'a envoyé faire toute une batterie d'examens dans un centre de lutte contre le cancer même si elle m'assurait que c'était simplement parce que eux seuls faisaient ce genre d'examens.
Sur le trajet du retour, en voiture, je m'entend encore dire à ma mère "Imagine qu'on m'annonce que j'ai un cancer". Et ma mère qui ne trouvait pas ça drôle, qui me dit qu'il n'y a pas de raison, que ça doit effectivement être un des chats qui m'a refilé la toxo.

J'ai fais les examens. Une biopsie, des PET-scan à foison, des prises de sang, et tant d'autres encore...
Et puis il y a eu ce jour où le chirurgien qui m'avait fait la biopsie a dû m'annoncer la terrible nouvelle. Je me souviens que mon père et mon petit frère de 2 ans m'attendaient dans la salle d'attente. Je me suis installée sur la table d'examens, le chirurgien a vérifié que je cicatrisais bien et il a appelé je ne sais quel service pour avoir les résultats de cette fichue biopsie. J'attendais. Les mains moites. Le coeur battant. J'étais confiante. Parce que ça n'arrive qu'aux autres, ce n'est pas possible autrement hein ?
Il a raccroché, il a approché une chaise de la table d'examens sur laquelle j'étais toujours et il a dit "C'est un cancer des ganglions lymphatiques, la maladie de Hodgkin. Tu en es au tout premier stade et c'est un cancer qui se guérit très bien.". Je n'ai rien répondu. Dans ma tête, c'était le brouillard. Je pensais "C'est pas possible, dis-lui d'appeler de nouveau, il a dû se tromper de numéro de dossier, il s'est trompé c'est pas possible. Putain, je vais mourir. Putain, je vais perdre mes cheveux ! Putain, j'aurai jamais d'enfants ! C'est pas possible ! Qu'il rappelle, il s'est trompé, qu'il rappelle et qu'il me dise que tout va bien !!".
Il m'a dit "Ca va ?" et j'ai fondu en larmes. Il m'a pris dans ses bras, il a eu des mots réconfortants et il s'est comporté en humain, ce n'était plus seulement un médecin et c'était tellement important sur le moment...

Quand je suis sortie, j'essuyais encore quelques larmes. Je n'ai pas dit tout de suite ce qu'il en était à mon père. Je ne sais plus si j'ai attendu qu'on sorte du centre de lutte contre le cancer ou si j'ai seulement attendu qu'on descende un étage. Je ne sais plus comment je lui ai dit. Je sais juste qu'il a été fort, qu'il m'a dit qu'il serait là, lui et toute la famille et que ça irait. On ne savait même pas comment on annoncerait tout ça le soir même à ma mère...

Lorsqu'elle est rentrée du travail, c'est la première chose qu'elle a demandé. Et quand on lui a dit, elle ne nous a pas cru. Elle nous a demandé d'arrêter de raconter des conneries et puis comme on insistait et qu'on lui disait qu'on ne blaguait pas, elle m'a serré fort dans ses bras, elle m'a dit qu'on allait se battre et qu'on serait plus fort que ce crabe.


On a été plus fort. On a dégommé la maladie en 9 mois. Neuf mois, c'est rien. C'est court. Et pourtant c'est tellement long...
Je faisais les séances de chimio un vendredi sur deux et les vendredis où j'avais chimio je ne mangeais pas jusqu'au lundi. Après la chimio, j'étais amorphe et je dormais sans discontinuer jusqu'au dimanche parfois jusqu'au lundi. Même sans rien dans le ventre, je vomissais mes tripes dès que je sortais de la voiture de l'ambulance ou de celle de mes parents. Je me souviens d'une fois où ma mère et ma soeur ont dû me soutenir jusque la maison parce que mes jambes me portaient à peine. Et sitôt la porte fermée, j'ai vomi dans l'entrée, ça me déchirait les côtes, j'avais tellement mal, j'en avais tellement marre... Je redoutais tellement l'après-chimio...
Et puis il y a eu la transposition ovarienne. Tellement douloureux que je n'ai jamais voulu les remettre à leur place...
Les séances de radiothérapie étaient une promenade de santé à côté de tout ce que j'avais fait avant. C'était rapide. Embarrassant parce qu'il fallait se mettre à poil, un peu douloureux parce que ça brûlait la peau et que l'élastique des culottes en frottant n'arrangeaient pas les choses. Mais je rentrais et je sortais du centre de lutte contre le cancer comme si c'était chez moi, je connaissais bien les lieux malheureusement.


De cette période, il ne reste aucune photo. Je n'ai permis à personne de me prendre en photo sans cheveux, je n'en ai pas pris moi-même et si je l'ai fait, j'ai tout effacé.
De cette période, il ne reste que les cicatrices de la transposition ovarienne, celle de la biopsie à l'aine et ma chambre implantable au-dessus de ma poitrine que je refuse de faire enlever malgré les nombreuses demandes de ConjointChéri parce que j'ai peur que la maladie ne revienne et que la garder c'est un peu comme dire "Tu ne peux pas m'atteindre, je suis équipée, reste loin de moi."

Je suis en rémission depuis 9 ans. Mais ma jambe qui a été touchée par les cellules cancéreuses reste ma bête noire. Une bête noire que je suis obligée de bichonner si je ne veux pas risquer l'hospitalisation... Une jambe fragile puisqu'elle n'a plus de ganglions lymphatiques, ce qui me vaut des érysipèles à répétition (après chacune de mes grossesse bizarrement), une septicémie et une attention constante. La moindre douleur, le moindre gonflement m'oblige à consulter et à prendre cela au sérieux...


Il y a 10 ans, le cancer est entré dans ma vie, une espèce d'épée de Damoclès qui ne me quitte plus aujourd'hui et que je redoute de voir revenir un jour...

4 commentaires:

  1. Ton article est très émouvant ! Je t'envoie plein d'ondes positives ! Tu as gagné continue !

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    1. Merci beaucoup, j'espère que ça va continuer comme ça !

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  2. Très émouvant... J'en ai les larmes aux yeux ! Merci de partager ton histoire avec nous... Quelle force !

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    1. Je crois que j'ai été plus bien entourée que forte ;-)

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A bientôt !